De guérillero et trafiquant de drogue à pasteur né de nouveau

Leobard  » Chito  » Aguilar n’a pas toujours été l’homme de Dieu qu’il est aujourd’hui. Dans sa  » vie passée « , comme il aime l’appeler, il est passé de leader d’un parti politique à guérillero puis à trafiquant de drogue dangereux. Désormais né de nouveau, il est pasteur de Centro Familiar Aposento Alto, une église protestante à Ciudad Juarez, près de la frontière entre le Mexique et les États-Unis. C’est une ville constamment sous la pression du crime organisé.

Le 2 octobre 1968, la ville de Mexico fut le théâtre du tristement célèbre massacre de Tlatelolco. Des centaines d’étudiants et de civils furent tués par des troupes militaires et de police envoyées pour briser une manifestation pacifique sur la Plaza de las Tres Culturas au centre ville.

Cette confrontation tragique fut le point culminant de ce que l’on a appelé la « guerre sale » du Mexique qui allait durer 20 ans, de 1962 à 1982. Le gouvernement utilisa ses forces pour réprimer l’opposition politique menée par des étudiants de gauche et des troupes actives de la guérilla de ce temps-là.

Les jours qui suivirent le massacre, « Chito » Aguilar fut abordé par un groupe d’étudiants ayant l’intention de rejoindre un mouvement qui renforcerait l’opposition au gouvernement.

« J’étais jeune, et pour cette raison, j’ai aimé l’idée d’appartenir à ces mouvements subversifs socialistes et communistes, disait-il dans une entrevue diffusée en 2012. Après les avoir rejoints, un des membres du groupe est venu me dire que la mission n’était pas seulement politique, mais aussi celle d’un mouvement armé, d’un groupe de guérilla.  »

Il lui a alors été dit qu’il recevrait une formation militaire et apprendrait comment piller une banque, kidnapper des gens et placer des bombes à des cibles gouvernementales stratégiques.  » C’est ainsi que j’ai rejoint une organisation terroriste avant de devenir le leader d’une de ses cellules qui contrôlait deux états au Mexique : Chihuahua et Durango.  »

Son implication dans la subversion politique et le mouvement de guérilla l’a amené sur un chemin encore plus dangereux – il allait devenir trafiquant de drogue. Il s’est laissé piéger par le monde du crime organisé pendant des années jusqu’à ce qu’il soit pris en possession de drogue et d’argent et emprisonné.

Pendant son séjour en prison, sa femme Lidia, une catholique fervente, pria sans cesse pour sa libération. Le jour où il sortit de prison, elle l’amena à son église et ils ont tous les deux remercié Dieu d’avoir exaucé ses prières.

 » Mais dès que nous sommes rentrés chez nous, j’ai dit à Lidia que je ne voulais rien avoir affaire avec Dieu, explique-t-il. Je lui ai dit que j’avais besoin de reconstruire ce que j’avais perdu; je n’avais plus d’argent et j’avais été dépossédé de mes biens. De plus, j’avais déjà un autre projet. Je voulais trouver celui qui m’avait vendu à la police et le tuer.  »
Sa femme continua de prier, et peu après, il se convertit à la foi chrétienne.

PERSUADER DES PASTEURS DE RESTER AU MEXIQUE

L’église du pasteur « Chito » Aguilar, comme beaucoup d’autres églises situées dans des secteurs largement contrôlés par des gangs criminels et des cartels de drogue, vit sous la pression intense du crime organisé auquel il a appartenu dans le passé.

Dans une entrevue avec Portes Ouvertes, le pasteur  » Chito  » expliqua qu’il a été la cible de groupes criminels qui ont essayé d’extorquer de l’argent de son église, à raison d’un total de 10 000 pesos mexicains (500 $) par mois. Parce qu’il connaît de l’intérieur le mode opératoire du crime organisé, il ne s’est jamais laissé intimider par eux et n’a jamais eu à céder à ces extorsions financières de quelque groupe criminel que ce soit.

Il se souvient de la crise que l’église chrétienne de Ciudad Juarez et d’autres villes frontalières ont endurée au fil des années.

 » On voyait des pasteurs quitter leur assemblée et fuir vers les États-Unis car ils étaient vraiment en danger au Mexique. Ce fut un temps très difficile pour l’église. Les leaders chrétiens vivaient dans la peur. Les cartels de la drogue avaient déjà tué un pasteur et kidnappé plusieurs autres.  »

C’est pendant cette période qu’il décida d’organiser une réunion avec 170 pasteurs encore présents dans la ville et qui s’étaient déjà préparé à traverser la frontière vers les États-Unis.

 » Ils pensaient tous que leur vie était plus importante, mais j’ai continué à leur dire que nous ne pouvions pas juste quitter notre ville et nos assemblées pour les laisser aux mains de criminels; qu’il nous fallait faire confiance à Dieu qui serait présent pour nous protéger.  »

Selon lui, une centaine de ces pasteurs quittèrent le pays comme ils l’avaient prévu. Le reste demeura sur place pour aider l’église à grandir.

« Les choses vont bien mieux maintenant pour l’église de Ciudad Juarez, mais nous devons rester vigilants. Il semble que la violence augmente de nouveau dans la ville « , ajoute-t-il.

VEUILLEZ PRIER

  • Pour les chrétiens et tous ceux qui vivent dans la ville de Ciudad Juarez. Il y a de nouveau une recrudescence de cas de violence et de kidnappings, ainsi que de menaces à l’encontre de pasteurs. Priez pour la protection de Dieu.
  • Priez contre la peur que les cartels de la drogue et les leaders du crime organisé veulent communiquer aux gens. Priez pour de l’audace et de la force chez le peuple de Dieu contre la montée de l’intimidation.